mar. Sep 17th, 2019
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L’Europe a pris du retard en matière de révolution numérique mais elle peut encore s’imposer, notamment grâce à l’Intelligence Artificielle

Par Luc d’Urso, PDG d’Atempo Wooxo

L’Europe a raté la révolution numérique, mais elle a encore une place à prendre dans l’échiquier technologique et la course à l’innovation que conduisent les Etats-Unis et la Chine notamment sur l’IA. 

Dans une interview parue il y a quelques jours, Bruno Lemaire, le ministre de l’économie, expliquait que l’Europe devait s’affirmer comme une puissance souveraine face aux Etats-Unis et à la Chine. Pourtant, si le vieux continent a manqué des opportunités lors de la révolution numérique, elle dispose de nombreux avantages face aux mastodontes que sont les Etats-Unis et la Chine, notamment en matière d’Intelligence Artificielle. 

 

Retrouver une Europe unifiée, dynamique et ambitieuse

Est-il trop tard pour rattraper le retard accumulé en matière de stockage ou d’analyse des données par exemple ? Non, loin de là ! La donnée est LE minerai de l’économie du XXIème siècle. Ce gisement inépuisable est inlassablement nourri par les internautes et fournit le carburant de l’économie numérique. Avec une population estimée à plus de 832 millions¹ de personnes et 615 millions d’internautes, le vieux continent dispose de la seconde population mondiale de mineurs numériques, juste derrière la Chine et ses 710 millions² d’internautes mais loin devant l’Amérique du Nord qui n’en compte que 266 millions. Tous les spécialistes en intelligence artificielle vous diront qu’à choisir, il vaut mieux privilégier la taille de la base de données à la qualité de l’algorithme supposé l’exploiter. Les bases de données constituées dans le domaine de la santé grâce au modèle de couverture sociale devraient doter les futurs champions européens de la biotechnologie d’un avantage concurrentiel décisif !

Nul ne s’étonnera que Donald Trump se félicite du Brexit et encourage la dislocation de l’Europe. Mais ne soyons pas naïfs, seule une Europe unifiée et des accords commerciaux étroits avec l’Europe de l’Est (et demain l’Afrique) peuvent nous permettre de nous repositionner sur l’échiquier mondial du numérique. Il nous faut renouer dans les NBIC³, avec les ambitions et l’esprit collaboratif qui a prévalu dans l’aéronautique et l’aérospatiale dans les années 1970 ou dans la radionavigation à l’aube des années 2000.

Aujourd’hui, l’urgence n’est surtout pas à « taxer les robots ». La robotique qui menace les emplois peu qualifiés requiert de la mécanique et son coût ne baisse que marginalement. Il suffit, pour s’en convaincre, de visiter un entrepôt Amazon où s’affairent les manutentionnaires (eachers, pickers et packers)… aucun robot à l’horizon. L’intelligence artificielle en revanche, n’a nul besoin de mécanique : son coût est faible comparativement à l’intelligence biologique et menace donc la plupart des emplois à forts contenus cognitifs. Toutes les professions dont le diagnostic repose sur des informations – ou des connaissances – sont concernées : médecins généralistes, radiologues, analystes financiers, etc. 

 

Quelles démarches mettre en place pour que l’Europe puisse reprendre l’avantage ?

L’urgence commande de poser, sans plus tarder, des fondations solides, nécessaires autant au marché de l’emploi qu’indispensables à la souveraineté numérique européenne. 

  • L’Europe doit impérativement mettre en place une politique volontaire de rétention des cerveaux européens et renforcer les filières de formation dédiées au digital. Ce faisant, ces filières dédiées et pensées pour le digital assècheront des réservoirs d’emplois peu qualifiés et orienteront plutôt les jeunes vers des professions à forte valeur ajoutée et rémunérées à la hauteur de leur valeur ajoutée. 
  • En second lieu, l’Europe doit se doter de fonds permettant de financer l’économie numérique et orienter l’épargne vers des modes de financements adaptés aux nouveaux modèles économiques des start-ups du digital afin de favoriser l’émergence ou la consolidation d’acteurs stratégiques dans les domaines des réseaux hauts débits, des centres d’hébergement, des plateformes applicatives ou encore de la cybersécurité, etc.). La préférence affichée aux solutions européennes pour les marchés publics ne doit plus être un sujet tabou mais devenir un vecteur prioritaire de croissance pour l’industrie digitale européenne. 
  • Enfin, le vieux continent doit consolider son leadership juridique en matière de gouvernance et de régulation des données personnelles. Si un premier pas a été franchi avec le RGPD, les Etats-Unis préparent déjà leur riposte avec le Cloud Act. Le RGPD ne doit pas être une finalité mais se concevoir comme les fondements d’une véritable gouvernance des données. Pour aller plus loin, l’Europe pourrait, par exemple, introduire un véritable droit de propriété sur les données, non pour les « merchandiser » mais pour rendre à ses citoyens une valeur qui représentera bientôt 8% du PIB européen et qui aujourd’hui prise en otage par les géants du Web américain.

Dans la mutation de l’économie vers le numérique, l’Europe a sans doute laissé un peu de terrain aux Etats-Unis et à la Chine mais elle a à sa disposition tous les facteurs clés de succès pour s’imposer comme une puissance de premier plan en matière de digital. C’est à elle et à ses institutions de s’emparer de ce sujet au plus vite, et ainsi d’empêcher les populistes ou les conservateurs de tous poils priver les européens de leur souveraineté numérique.

 


1     Internet World Stats – Juin 2016
2     Centre chinois d’information sur l’internet (CNNIC)
3    Nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’information et sciences cognitives

2 thoughts on “L’Europe a pris du retard en matière de révolution numérique mais elle peut encore s’imposer, notamment grâce à l’Intelligence Artificielle

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